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Poésie/Nouvelles

Textes divers 2006-2026

Non exhaustif/ Mise à jour en cours

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Si je dois te perdre un jour, 

Il me faudra te retrouver,

Engager ma solitude

Dans des couloirs embrumés,

Dans des milieux insalubres,

Dans tes angoisses empruntées

Il me faudra rejoindre d’autres solitudes,

Te voir vêtir des habits nouveaux,

Porter d’autres couleurs,

Libérer nos souvenirs.

Il me faudra souffrir ce chemin qui nous mène

À ce fameux abri que nous construisîmes dans la montagne

Là, il me faudra veiller pour te laisser tranquille,

Cultiver ta force dans tes propres territoires

Il me faudra aussi t’aimer comme une étrangère,

Pour un jour, nourrir ta propre liberté

Si fort, si fort, que j’appréhende enfin

L’enfer des possibilités.

Je n'aime pas la redondance des appels 

À l'amour, à la compassion, à l'amitié

Quand nul appel ne devrait être nécessaire

Je n'aime pas les silences qui s'en suivent

Je n'aime pas la résonance des salles vides,

Les débats inutiles, les rendez vous manqués

Je n'aime pas ce milieu de la musique

Qui voit les musiciens s'éteindre,

En même temps que les poètes,

Souffrir les astronautes.

Je n'aime pas oublier,

Oublier que nous sommes seuls,

Puis dans la douleur, 

Me souvenir.

Je n'aime pas l'angoisse que suggèrent

Les destins indécis

Quand bien même elle témoigne

Du prix de notre liberté.

Je n'aime pas la misère qui épuise leurs coeurs

Qui enlève à ma mère des années de bonheur

Je n'aime pas, 

L'ordinaire injustice des sociétés modernes

Qui rajoute à l'absurde de notre humaine condition

Je n'aime pas tous ces mots qui sont si peu de choses

Et qui font de moi le plus petit des hommes.

  Il avait travaillé toute la nuit. Sur la commode, l'ordinateur allumé. Au sol, quelques instruments - un clavier, une basse, une guitare, puis d'autres objets difficilement identifiables par un public non averti. C'est comme cela qu'il travaillait, seul tout d'abord, il enregistrait les différents éléments, qui progressivement donneraient forme à l'architecture du morceau. Alors, il développait les textures, il expérimentait - c'est ce dernier travail qui prenait le plus de temps. C'est épuisé qu'il devait s'assoupir, tandis que venait le matin. A ses côtés, elle dormait paisiblement. Ainsi finissait la nuit. Au matin, elle était partie. A son réveil, rien n'avait changé. La même pièce. Les mêmes instruments. Toutefois, la lumière du jour donnait à voir des formes nouvelles, ici et là, encore endormis, des individus. Qui étaient-ils? Il s'approcha, il n'en connaissait aucun. Dubitatif, plus surpris qu'apeuré, devant le spectacle surréaliste qui s'offrait à lui, il devint spectateur de la scène. Une jeune fille, jusqu'alors retirée dans un coin de la pièce, se mit au clavier.

La nuit sauvage

La nuit m'embarque

Et je me traine,

À contre-courant,

Dans les méandres des jours solubles,

J'engage,

Contre la pesanteur des douleurs lumineuses,

Mon âme cavalière et silencieuse

Et j'entends venir les roulements

D'une mer qui s'épuise,

Moi qui ne connais plus de repos silencieux.

Désormais, le passé est ce coureur solitaire, fugitif, somnambule.

Je veux rêver pour me souvenir.

Quand au désert les lignes se confondent,

Rendu à la correspondance des dunes,

Je suis sujet à la métamorphose.

Déjà, le soleil s'allonge à la sécheresse du soir

Et je n'ai pour certitude que la profondeur du vide,

Dont je n'aurai plus jamais peur.

"Mais d’Alexandre, il n’y avait plus que le corps. Autrement, la mer était à marée haute ; elle allait et venait en s’échouant, comme essoufflée, contre les récifs. Il y avait dans l’air une odeur de sel et avec un peu d’imagination, il eût été possible de se représenter un millier d’hommes, au fond des eaux, s’escrimant à créer le mouvement. Il y avait dans l’air une odeur de sel. Les pensées d’Alexandre étaient à la mer. Alexandre imagine au loin un voilier blanc, contraint par le mouvement des vagues. À son bord, un marin revient d’un long voyage. L’homme appelle à l’aide, Alexandre accueille le bateau dans la paume de sa main droite, puis le dépose sur le rivage."

La Nuit

 

C’est la clarté des façades à la nuit englouties; malgré elles succombant à l’orange menaçant des réverbères, jalousie. Et le rouge bientôt partout ; déjà sur les murs ruisselant, pour sortir de l’ombre les guetteurs, au jour travailleurs, autant d’âmes qui sommeillent.Vaine tentative. Derrière les fenêtres d’autres lumières succombent. Et le rouge toujours, solitaire, l’âme d’un passionné.Reste la clarté des façades à la nuit englouties, de ce ciel noir qui intrigue, nul n’est plus changeant que toi. Angoisse, rêverie.Tendre sommeil, artifice ? De cette nuit qui m’enserre.Que seraient sans toi toutes ces aubes qui nous libèrent ?Enfin.

Psychasthénie

 

 

Café central,

Un groupe de jazz joue.

Le batteur martèle: le rythme, la foudre.

Dans la foule, un millier de rêves se brisent

Contre le sol rouge des néons fabuleux.

Catharsis. Exhume le cadavre de nos illusions suspendues,

Transe des rêves brisés,

Trompette jouisseuse,

Triomphe d'une complainte,

Symbolique de l'extase.

Qui est cet homme noir qui dort juste derrière moi?

Repu dans le rougissement des néons bleus

Il me rappelle mon oncle.

Rythme régulier,

Battement régulier,

Douleur tragique,

Qui donc s'épuise

À l'oblique

Des ordinaires.

Transe - Danse - Complainte

D'une douleur qu'on épuise.

Conjuguer la violence de la frappe

Et l'élan orgasmique,

Les âmes tordues.

Je ne courberai pas sous la contrainte, 

Cri d'un saxo qui se débat,

Mélange.Violence orgasmique,

Jouissance d'un cochon qu'on égorge.

Être lubrique jouissant à l'aurore ;

Extase spectaculaire.

Spectacle d'une extase démultipliée

Dans la multitude de la foule.

Danse quand la guitare revient,

Tourne-toi.Tourne-toi,

Transpercée,

Comme le ciel noir à l'aube claire.

Il faut heurter le rêve pour le ramener à la vie,

Vision apocalyptique.

Ça ne serait pas si mal si je mourrais demain matin.

Libération de mes sens concupiscents,

Repos.

Quand rien ne cloche,

Tu le sais.

Quand rien ne cloche.

Trouver le repos dans la multitude.

Trouver le repos dans la multitude.

Trouver le repos dans la multitude.

Trouver le repos dans la multitude.

Violence - complainte

Des âmes enchaînées.

Déchaînements des colères mortes.

Nos âmes sales se purifient.

Nos âmes sales se purifient.

La violence est partout,

L'amour est partout.

Ouvre les yeux.

Ô c'est un joint que je sens

Et je rejoins un songe.

Vivre debout d'un bout à l'autre de l'immonde,

Trouver le beau dans l'amer monde.

Vivre debout d'un bout à l'autre de l'immonde,

Trouver le beau dans l'amer monde.

Le corps d'une blonde,

Me fait l'effet des aurores mauves ;

Quand je respirais ta gorge chaude,

Dans le calme,

La douceur tranquille,

Des matins d'Avril,

Le bonheur semblait accessible.

L'horizon était bleu comme la queue des singes.

Nulle grimace sous la contrainte,

J'ai connu des instants parfaits,

Ma souffrance est légitime,

Ma souffrance est la mémoire, le souvenir coupable de mes plaisirs passés.

Passé le plaisir,

Passé dessous

Les trajectoires,

Les pistes multiples,

Hallucinées,

Des horizons déstructurés.

Ta gorge est chaude.

Le souvenir des gorges chaudes

Me fait l'effet des rosées fines

Qui illuminaient mes matins d'Avril.

Psychasthénie,

Mort des matins d'Avril.

Psychasthénie,

Mort des matins d'Avril.

Psychasthénie,

Mort des matins d'Avril.

L'aurore n'est plus,

Et l'aube non plus.

Quand il n'est plus que songes repus,

Reste les nuits,

Epuisées,

Malades,

Interdites,

Je ne dormirai plus.

L'observatoire

 

 La veille, ils avaient quitté Paris pour rejoindre Limoges. Echapper au mouvement. Etait-ce encore possible d’échapper au mouvement ? Au matin, il voyait la ville pour la première fois, hier l’enveloppe de la nuit en effaçait les contours, tendant à l’uniformiser. Hier Limoges était une ville de province, les bâtiments, les rues, lui rappelaient le centre de Lille, mais au jour Limoges était devenue. Une ville avait émergé du silence. Limoges, presque la campagne en somme. Elle dormait encore, à la fenêtre il regardait le gris du ciel se répandre, comme un murmure, sur les bâtiments environnants et la pluie qui tombait aux premiers jours de décembre. Bientôt, les enfants sortirent de l’école et la rue se mit en mouvement, puis tout se calma, à nouveau. Le bruit et le silence. Rien ne se calmait jamais vraiment. L’après-midi, ils quittèrent la ville pour rejoindre la campagne, dans la voiture il s’était endormi. Se réveillant, à sa droite, il vit un chêne seul, rompant avec la monotonie du paysage, il s’élevait au milieu de la plaine, tel un gardien solitaire. Il tourna la tête sur la gauche, la voiture était déjà loin du chêne, mais à cette distance il pouvait distinguer sur la rive opposée une silhouette toute humaine qui faisait face à l’arbre, semblant même le contempler. Il lui dit : « Oh tu as vu ? Il y a un homme là-bas, au milieu du champ ! » Regardant dans le rétroviseur, elle répondit : « Ce n’est pas un homme, c’est un épouvantail ! » Alors il pensa que cela faisait des années que l’épouvantail observait l’arbre et que l’arbre observait l’épouvantail. Au loin, un paysan, certainement le propriétaire du champ. L’épouvantail observait l’arbre. L’arbre observait l’épouvantail. Le paysan observait l’arbre et l’épouvantail. Lui, observait le paysan. Maintenant, l’homme devait regarder la voiture s’éloigner. Depuis quelques années, il ne pouvait dormir sans laisser la télévision ou l’ordinateur allumés, il était devenu dépendant d’une forme de solidarité négative, une forme de solidarité virtuelle. Il vivait sous une coupole. Il se dit qu’ici même, à la campagne, il y avait comme une pancarte sur son front qui disait « à proximité de Limoges ». Tout le monde pouvait savoir. Tout le monde pouvait imaginer. Non, non, ici personne ne les voyait. « Personne ». Ils étaient seuls au monde au milieu du silence. Pas un bruit. Et la voiture roulait, roulait et s’enfonçait dans le silence. Il lui dit : « Arrête-toi que je t’embrasse, que je sente que nous sommes seuls. Montre-moi donc qu’il est un endroit qui résiste au bruit, un espace à l’abri des regards », et elle s’arrêta.

Tout est vrai, le reste l'est aussi.

 

  Je me suis retrouvé seul, sans un rond, dans une pièce minuscule, à lire, écrire de la poésie, jouer du piano toute la journée. Souvent, la journée passait sans que je prenne le temps de manger, sans que j'en ressente réellement le besoin. L'instrument était là, je me levais avec pour seule préoccupation l'absolue nécessité de le retrouver, de le toucher, de tenter d'articuler un indicible cri. Je ne supportais pas la lumière tout comme chaque élément extérieur susceptible de contraindre mon rapport direct à l'instrument, de faire entrave à la sensualité. J'avais fait de ma chambre une sorte d'alcôve, en guise d'inspiration je diffusais simultanément et avec frénésie des images sur tous les écrans mis à ma disposition - deux à trois films en même temps. "Apocalypse Now", "Bande à part", "Elephant man", "La Haine", "Lost in translation", "Dead Man", tous les films de mon enfance - aujourd'hui encore. Il a d'abord fallu que je joue très longtemps du piano, pour que je comprenne un jour pourquoi et comment j'allais également jouer de la guitare. Naturellement, j'aurais pu commencer plus tôt, mais il me fallait tout d'abord identifier les rouages qui reliaient son caractère intrinsèque à ma personnalité. Il me semble que mon intérêt pour la texture vient de là : d'une part de la volonté de traduire une sensation, d'autre part de l'exigence qui résulte des vastes possibilités harmoniques offertes par le piano. Tout ce qui a suivi fut un travail de recomposition. Recomposition des sensations, recomposition des paysages, recomposition des souvenirs, recomposition des sons. Tout au moins la tentative d'une recomposition.

 

Je vois, par temps de pluie, retomber des idées que j'avais laissées suspendues, interdîtes, dans la mémoire du soleil, un jour où j'étais trop heureux. Les idées ont besoin d'eau. De l'eau et des idées. Précipitons nous.

Préserver le moment où l'on s'endort paisiblement dans un train à grande vitesse.

Demain me suit. 

Au lointain, au sommet des collines, se dressait l'autre moi, figé précisément là où le ciel s'assoit, là où le temps se repose fatigué de sa propre contrainte. 

 

Sous le tunnel des Halles 

C'est quelque drôle

Ô ce petit homme en costume;

Apprêté, las dans les halles

Pour quelque bal ou farandole.

Il a la voix rauque,

Gutturale,

Des grands voyageurs qui fument;

Et l'assurance d'un pauvre qui aurait marché sur la Lune.

Son haleine de-ci, de-là venait

Alors comme l'écume;

Vicieuse brise, à l'aube l'homme

Avait bien caressé les dunes.

Ivre, le marin s'était endormi sur le pont.

À son réveil, éméché,

Arrivé à destination.

Entre ciel et terre,

Se cherchant à l'horizon,

L'homme révèle sur la fin,

Pied de nez à qui ne saurait point;

Qu'il est médecin dans la marine,

Intime d'Obama roi;

Si fière de lui, d'un geste las;

Dieu sait pourquoi, Dieu sait pourquoi.

 

Une saison

Tu as le regard de l'enfance,

Et au fond l'enfance quand on y pense, 

Ça n'existe pas vraiment.

L'enfance, c'est peut-être bien le souvenir,

Quand il n'est pas le souvenir;

Et la conscience du souvenir

Ne dit-elle pas la nostalgie?

Qui elle-même se dit

Selon les saisons,

Les intermittences du coeur,

Tu as le regard du souvenir

Et c'est beau un souvenir,

Comme une saison qui dure.

 

 

 

Songe

Dis moi ô ciel à l'hiver mûr,

Qui sur toi répand la brume?

La pipe au jour, qui l'allume?

Dis l'âme en songe qui la fume!

Épaisses bouffées de l'ineffable

Nuages clairs, fumée sans nom;

Couvrent l'alcôve, souffle l'ennui

D'un voile en somme, sombre oraison.

Quand même à l'aube claire et si tendre,

L'homme demeure myope aux grands pieds;

Qu'est-ce que le jour sinon la nuit pour l'homme qui dort, l'homme qui fuit?

Ô doux matin, blanche lumière, éveille ce corps peu éclairé,

Rends donc jaloux quelque mystère qui veille à l'ombre trop loin d'ici. 

 

Funambule

Sérénité,

Tu étais haute sur les collines, 

Tu avais trouvé au ciel un endroit creux

Où les rêves se reposent.

Et ta grâce répandue,

Faisait aux pauvres un abat-jour

Quand l'infortune se donnait nue

Sur le trottoir des capitales.

Tu n'avais pas de nom,

Je te cherchais dans les silences;

Mais il était toujours un malheureux,

Un pauvre fou, un amoureux,

Pour me rappeler au mouvement,

Au bruit, à l'homme, au vivant.

Ô quand je pensais t'approcher,

Tu n'étais qu'ombre définitive.

Tu n'es pas l'habitude,

Tu n'es pas l'absence,

Tu n'es pas le silence,

Tu es l'équilibre.

 

Toi

Si sur tes lèvres renaissent mes jours,

Douces comme un songe d'été;

C'est de ta chair comme du velours,

Que viennent les aurores orangées,

Si sur ta peau à la robe claire, 

L'aube blanche s'est abimée,

Faute à ton corps, douceur solaire,

Hymne à l'amour, à la beauté,

Si sur tes seins mes yeux s'arrêtent,

La Lune rencontrant le Soleil,

Deux doux baisers me font la fête,

Nourrissent mes nuits, tuent mes sommeils.

Si tu es l'enfance que je n'ai eue,

Si tu es l'horizon qui se cache.

De l'or versée sur un ciel nu,

Le soleil couchant sur la terrasse.

 

Enfance

Dans les yeux noirs de ma mère,

Dans les halls sombres et les espaces abandonnés,

Sous un ciel d'automne et les nuages trop gris,

Sous la bruine naissante,

Dans le regard vide des clochards,

Dans les conversations silencieuses,

Dans les hivers pauvres.

Sous des ciels mauves et les arbres en fleurs,

Dans la nuit noire et les ombres immobiles;

Dans les paradis perdus et les rêves artificiels

Sur le toit des grands bâtiments,

Là où personne ne va plus,

Dans le vacarme des mers silencieuses,

Dans le silence des montagnes fuyantes,

Dans le regard bleu de mes amours naissants,

Dans l'absence des amours morts.

Là où personne ne va plus jamais, jamais.

Je t'ai cherchée.

Mon enfance évanouie.

 

Aube

À l'aube, déjà je serai loin.

Pareil à la mer, le ciel sera tout bas, tout bas.

J'aurai le soleil dans ma main

Et l'espace vide me bercera.

Les couleurs seront plus vives,

Un arc-en-ciel sur de l'or noir.

Toutes les planètes seront ivres,

Saurai-je encore que je suis noir?

Je serai noir de l'universel,

Noir comme un homme,

Noir comme un blanc, 

Ah que la couleur est bonne.

À l'aube proche je serai homme,

De l'or rouge tout plein le corps.

J'aurai la vie pur habitude.

J'aurai la mort pour certitude.

 

 

 

Mon Marin

Le jour venait fendre les nuages épais, 

Tandis qu'un ferry émergeait de la brume.

Un marin noir revenait de Guernesey, 

Bourlingueur, circonspect sur le quai, il fume.

Saint Malo c'était Jade l'attendant languissant

La frénésie des vagues, mélancolie latente;

Ce bonheur que l'on use à mesure qu'il s'étend,

Saint Malo où la vie déjà qui s'absente.

Au matin, les vagues venaient chanter les mémoires du Monde

Et seule l'ombre d'un marin noir voyait bien,

L'homme se taire là où la mer inonde,

Le ciel immense confondu en son sein.

Il s'en retourna chez lui, bien à l'abri des siens, 

Répandre sa vie comme on défait des bas.

Ah, de si près que n'ai-je vu mon marin

Si promptement avancer son trépas.

Berlin

 

Berlin, tout ce gris dans l'ombre, de tout ce temps qui dure.

Nous avons marché si longtemps, nous avons marché si longtemps.

La nuit qui venait vite, redéfinissant soudain le paysage,

Faisait comme le marchand qui passe, au temps de l'enfance,

Pour répandre le sommeil.

J'étais venu bercé, par toute la nostalgie,

Répandue en murmures à la télévision.

Saisissement de l'histoire, ton gris dans les télés en couleur,

Ta grisaille, l'effondrement, un an après ma naissance.

J'ai vu la beauté silencieuse du temps, arrêtée dans les lieux de mémoire

Et plus encore dans les rues obscures

Aux confins de ton périmètre,

Et dont le sombre empêche toute distinction.

J'avais mal au vide, j'avais mal au vide avant.

Tes quelques jours me ramènent à la possibilité de voir en la mélancolie

Un moment de joie.

 

La mer

Ô toi la mer,

Dont le songe m'est rendu,

Tu es l'infinie étendue

L'ineffable, l'inconnu,

Qui commence à mes pieds.

Et l'onde me berce,

Et l'onde me prend;

Reste l'écume qui me ramène

Aux souvenirs,

Et ne s'arrête jamais, jamais.

Tout est là encore devant moi,

Ton sel est mon sang

Et le temps qu'est-ce alors?

Qu'importe.

Tiens, tiens, de l'amour à foison

Pour nourrir les poissons

Aujourd'hui et demain encore.

Je suis l'éternelle bravoure, 

L'éternel sage,

L'éternel combattant.

En 44 me vois-tu?

Songeant aux plages embarquées

Au débarquement je veille,

Prends donc mon coeur pour mille bombes.

Sous les ailes d'un cerisier

Bercé,

Toute mon âme déployée,

À l'ombre de toutes chimères.

Reste l'horizon

L'horizon devant moi.

 

"Il y a dans la campagne tchèque, un chemin de terre qui descend dans le creux de la forêt naissante, non loin de la maison de mon enfance. Alors, il est comme une bouche, grande ouverte, au pied des arbres immenses, des géants qui explosent et un ruisseau qui danse et qui serpente entre les pierres. Au loin déjà, on l'entend chuchoter, ces choses que l'on ne comprend pas. Enfant, il me semble que je comprenais davantage. Lorsqu'à l'été j'y retourne, me reviennent les figures avortées de mes premières tentatives de construction - quand avec d'autres il me fallait faire ricocher la pierre ou établir un barrage prompte à enfermer ce qui ne s'enferme pas. L'eau toujours s'en allait, trouvait le chemin de la liberté. Déjà il me fallait accepter l'irréductibilité du sens, de la quête. Mes premières désillusions dans la fange de mon enfance insouciante. Je projetais mes rêves en pagaille dans l'eau translucide. Combien d'enfants y ont comme moi enfermé les leurs? Aujourd'hui les enfants n'y vont plus. Un jour, c'est sûr, j'y emmènerai les miens. Quand j'y retourne, je me surprends à déposer quelques bouts de bois ici et là, pour réduire l'espace de la réflexion, de la contemplation. C'est un nouveau barrage qui prend forme alors, qui vient définir le territoire de mon enfance. J'y enferme ma solitude et j'y cherche mes rêves d'autrefois. Ils sont loin déjà, je pense, le ruisseau s'étend dans la nuit sombre. Il y a, dans la forêt, certains endroits où le jour ne vient jamais. 

Je suis comme cette eau qui se refuse, qui ne saurait se laisser réduire. Quand au jour, je trouve dans une rencontre, dans un lieu, l'indice de la liberté, je renoue avec cette première expérience; l'évidence s'impose avec autant de clarté que la transparence du ruisseau de mon enfance. Alors, le rêve n'est pas mort et je me surprends à l'entendre, à le voir prendre forme dans le creux qui nait de sa confrontation avec le réel. Le rêve s'incarne, immense, trouvant entre les pierres dispersées le chemin nécessaire de la liberté."

©2026 by yannickgvalmorin

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